« Être lauréates nous a permis de structurer, de partager et d’expérimenter notre projet »
Parlez-nous de votre projet.
« Guid’Age » est un outil destiné aux professionnels qui accompagnent les seniors dans les structures médico-sociales telles que les EHPAD, les Centres gériatriques. Grâce à la réalité virtuelle, qui permet l’immersion dans un environnement donné, il permet aux soignants de s’entraîner à repérer les situations à risque de douleurs et blessures physiques, de mieux évaluer les capacités de la personne pour adapter l’accompagnement tout en préservant sa santé.
Avec cet outil, nous souhaitons contribuer, à notre échelle, aux enjeux du secteur, comme par exemple la lutte contre les risques encourus lors d’opérations de manutention de personnes qui représentent deux tiers des accidents du travail et 95% des maladies professionnelles. Le nombre de seniors augmente par ailleurs de manière considérable et entraîne des besoins accrus de recrutement et de formation. L’idée est que chaque professionnel puisse être acteur de sa propre prévention au quotidien et régulièrement.
Comment est né le projet ?
C’est d’abord l’histoire d’une collaboration : Laure et moi nous sommes rencontrées sur les bancs de l’école il y a 20 ans. Il y a trois ans, nous avons créé « Parachut’age», un premier serious game, centré sur la prévention des chutes. « Guid’age » est la suite logique.
A terme, nous souhaitons développer une plateforme de formation immersive en réalité virtuelle, baptisée « Etay’Age » pour améliorer l’accompagnement dans le secteur du grand âge et la prévention pour les soignants.
Ce projet est ensuite né de notre expérience de terrain en tant qu’ergothérapeutes. Nous avons face à un double constat : d’une part, la prévention est essentielle, tant pour préserver la santé des accompagnants (notamment en limitant les troubles musculo-squelettiques) que pour réduire les risques de fragilité chez les personnes accompagnées (chutes, fausses routes, escarres, etc...). D’autre part, les outils de sensibilisation disponibles sont souvent insuffisamment adaptés aux réalités du terrain : manque de temps des soignants, arrivée régulière de nouveaux professionnels et tension sur les effectifs. Nous voulions proposer un outil complémentaire aux formations classiques, plus souple et plus accessible.
Pourquoi avoir voulu rejoindre le programme « Emploi, Santé et Handicap » de 21 x OETH ?
Nous intervenons toutes les deux aux côtés des seniors et des aidants depuis plus de vingt ans et nous sommes par ailleurs formatrices. Nous souhaitions croiser nos regards de professionnelles de terrain avec notre approche pédagogique. Nous étions à la recherche de partenaires pour soutenir notre projet et avons entendu parler du programme d’incubation porté par la Croix-Rouge Française, Nexem et l’association OETH.
A la lecture des projets soutenus, nous nous sommes immédiatement reconnues : « Guid’Age » s’inscrit dans le lien entre la prévention des fragilités et de l'autonomie mais est aussi intimement lié à la prévention des risques professionnels. L’un ne va pas sans l'autre. Nous avons candidaté en juin 2025 et avons réalisé le programme entre septembre 2025 et juin 2026.
Concrètement comment fonctionne le serious game « Guid’Age» ?
Le serious game propose des séquences immersives courtes, de moins de 15 minutes. L’un des premiers apprentissages consiste à savoir adapter l’environnement pour faciliter les déplacements. Par exemple, lorsqu’une personne, souhaite se lever de son lit, le soignant apprend à organiser l’espace de manière à rendre le déplacement plus simple, plus sûr et moins fatigant pour tous.
Le jeu permet également d’apprendre à observer et à évaluer les capacités de la personne accompagnée. L’objectif est de s’appuyer sur ce qu’elle peut encore faire seule, afin de valoriser ses ressources et de favoriser son autonomie plutôt que de réaliser les gestes à sa place.
Un autre aspect important concerne les « déplacements spontanés ». Il s’agit des mouvements naturels que nous réalisons sans y penser, comme se lever d’une chaise ou changer de position. Ces gestes sont automatisés depuis l’enfance. Cependant, certaines situations, comme une maladie neurologique, une chute, une hospitalisation prolongée ou une perte de force, peuvent perturber ces automatismes. Dans ces situations, la personne peut avoir des difficultés à réaliser les mouvements de manière efficace ou sécurisée. Le rôle du soignant est alors de l’aider à retrouver des stratégies de mouvement qui se rapprochent le plus possible de ses schémas naturels. Il ne s’agit pas d’imposer une « bonne façon » de faire, mais de faciliter les gestes les plus adaptés à son fonctionnement. À travers des mises en situation concrètes, le serious game entraîne les soignants à accompagner les mouvements de manière sécurisée, à utiliser les aides techniques adaptées et à prévenir les risques de chute ou de blessure.
Que vous a apporté la participation à ce programme ?
Au moment où nous avons rejoint le programme, l’outil n’était pas encore créé. Nous souhaitions co-construire le jeu avec des experts métiers, des mentors, des professionnels du secteur pour mettre au point l’outil le plus adapté et utile possible.
Nous avons été guidées sur toute cette étape. Nous avons pu également être accompagnées par un concepteur de réalité virtuelle. Cette phase exploratoire nous a permis d’établir un cahier des charges le plus fidèle possible à nos objectifs et de développer une première version du serious game qui a pu être expérimenté dans un centre de formation de la Croix-Rouge, et en EHPAD pendant le premier semestre 2026. Grâce à tous les retours, nous avons pu travailler une seconde version. Le prototypage s’affine.
Quel regard portez-vous sur ce programme ?
Être lauréates nous a permis de passer du projet à la concrétisation. Nous sommes ergothérapeutes et développer un serious game demande aussi d’autres compétences que le programme nous a aidées à acquérir, en matière de marketing par exemple. Le programme nous fait monter en compétences là-dessus. Mais je retiens surtout la formidable émulation entre les lauréats. Nos projets sont tous très différents et nous avons beaucoup appris les uns des autres à l’occasion des séminaires où nous pouvions partager et confronter l’avancée de nos projets.
Quelles sont les prochaines perspectives pour votre plateforme immersive « Etay’Age » ?
La prochaine étape est la phase de commercialisation et le déploiement de ce serious game à grande échelle. Il va venir rejoindre le premier « Parachut’Age » sur l’étagère de notre collection que nous souhaitons étoffer progressivement pour accompagner les structures du grand âge. L’idée est aussi à terme de pouvoir toucher avec cette plateforme immersive l’accompagnement à domicile, appelé à se développer les prochaines années.
Plus d’infos : etay-age.org
(*) Jeu qui permet par le divertissement d’intégrer des connaissances et de se former sur un sujet.